Imaginarbria

27 juillet 2008

Timoléon et moi

timetmoi

L'idéal pour laisser l'espace ouvrir votre imagination, c'est encore de pêcher avec un ami.

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05 juillet 2008

Boniface

chenerouve

Boniface n'est pas timide, juste un peu méfiant... Quiconque s'approche du chêne-rouve de Paillencourt ne découvrira qu'un arbre creux. Vide, apparemment. Et pourtant, Boniface ne le quitte presque jamais. Il s'en absente rarement, et seulement lorsque son cousin, Elléaroth, est à l'intérieur, pour en garder l'entrée.

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03 juillet 2008

Gustave, éclusier

gustave

Un vieil ami très cher que je retrouve pour le café matinal (vers 6h00) à la Brasserie près des vieilles berges lorsque je suis à Paillencourt. L'écluse d'Arleux fonctionne encore. Gustave ne l'entretient plus depuis longtemps, mais c'est une encyclopédie sur le sujet ! Depuis qu'il est pensionné, il construit des maquettes d'écluse dans son jardin dans lequel il a aménagé des canaux miniature.

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Le chemin de halage

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C'est ici qu'est amarrée La Dérivante, lorsque je reviens dans ma région natale. Entre le reflet des granges...

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... et les marais oubliés.

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29 juin 2008

Le croque-vite

elfe

J'aime beaucoup dessiner aussi ; souvent, pour ne pas déranger les êtres forestiers, je m'installe avec des feuillets et j'attends de longues heures qu'ils m'oublient. C'est ainsi que j'ai pu saisir l'apparition furtive d'un croque-vite, plus prompt à s'emparer des noisettes qu'un écureuil. Ses dents sont minuscules, presque invisibles, mais si incisives qu'elles fendillent les fruits en un battement de cils humains...

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Qui suis-je ?

elzeard_houppier

Elzeard Houppier ... Ce nom vous semble familier, a fortiori si vous aimez la littérature. L'Homme qui plantait des arbres, ce berger généreux qui à lui seul reboisait une région entière, sèche, aride et désertique, cet humaniste chaleureux dont Jean Giono nous vantait les mérites, ne s'appelait-il pas...  Elzéard Bouffier ?

    En effet, et ce n'est pas un hasard si je suis presque son homonyme.

    Lorsque je suis né sur la Scarpe, dans la péniche de mon père, Raymond Houppier, ma mère décida en découvrant son fils, que je m'appellerais Elzéard. Elle adorait Giono, particulièrement cette nouvelle qui était devenue son livre de chevet : L'homme qui plantait des arbres. Elle disait dans son franc patois du Nord de la France : Si tous les hommes étotent comme li, on ne se battrot pus, on frot pus d'guerre mais on créerot des merveilles pour vive toudis heureux. Chacun frot sin possib, donnrot sa tiote contribution à l' vie... ch'nom-là, y portra bonheur à min garchon. (Comprenez : Si tous les hommes étaient comme lui, on ne se battrait plus, on ne ferait plus la guerre mais on créerait des merveilles pour vivre toujours heureux. Chacun ferait de son mieux, donnerait sa petite contribution à la vie... Ce nom-là, il portera bonheur à mon fils.)

    Maman aimait les bords du fleuve. Elle avait épousé mon père, un marinier, et l'avait suivi dans sa vie de nomade mais elle rêvait d'une petite maison entourée de cerisiers, de pommiers, de poiriers et de hêtres...

    Elle m'apprit très tôt à reconnaître les arbres et à identifier leurs feuilles. Nous jouions souvent au devinettes et, au fil des ans, je m'amusais à lui poser des colles : les bibliothèques des écoles que je visitais épisodiquement sur le trajet de notre péniche me fournissaient de précieux livres d'études. Ma mère était enchantée quand je pouvais à mon tour lui en remontrer sur des espèces exotiques ! Très vite, je me décidai à étudier la dendrologie : j'aimais les arbres pour leur beauté, des bouleaux pour leur finesse presque transparente à la majesté des hêtres lisses et tortus. Saules et peupliers, marronniers et chênes donnaient leur âme aux paysages que nous traversions.

    Mon père comprit assez vite que la lubie de ma mère, de son nom de jeune fille Aubière Chaland, m'avait "contaminé" et que je ne reprendrais pas le gouvernail de la péniche. Heureusement, ma sœur cadette, Sylvone, endossa efficacement sa succession, ce qui nous évita bien des déboires familiaux ! Mes deux parents m'ont élevé dans la compréhension et le respect mutuels et je dois à mon père comme à ma mère d'être devenu ce que je souhaitais par dessus tout : un dendrologue.

   La spécialité qui nous occupe, et que je considère comme une branche tout à fait sérieuse de la dendrologie, l'imaginarbria, n'en est pas moins insolite... Ce terme n'est pas encore reconnu du dictionnaire, encore moins du corpus scientifique et de ses encyclopédies. Vous ne le trouverez sans doute nulle part ailleurs que dans mes ouvrages*, fort contestés d'ailleurs et obscurément édités. Que je passe ou non pour un hurluberlu, je ne cherche plus à le démentir... Mon seul but à présent est de poursuivre mes recherches et mon plaisir aujourd'hui de les partager avec les esprits les plus ouverts et les plus curieux, pour lesquels l'imagination est une réalité quotidienne, intensément vécue, et rigoureuse ! Oui, rigoureuse. L'imagination est une faculté exigeante qui requiert de l'individu une attention et une cohérence constantes : il s'agit de former des images qui représentent un objet apparemment absent comme s'il était indéniablement présent. Que cet objet appartienne à notre passé ou ... à notre présent lui-même. D'autres ne le voient pas, nous sommes peut-être les seuls à le déceler mais notre sensibilité imaginative le révèle. C'est un travail de concentration et de persévérance qui ne peut avoir de valeur que si l'on accepte la coexistence en notre réalité de plusieurs mondes superposés. L'œil averti d'un être humain peut en surprendre quelques-uns. Ma longue familiarité avec les arbres m'a permis de saisir leur double identité, parfois leurs multiples visages.

    Certains aiment lire des contes de fées. Moi, je crois bien être entré à 4 ans très naturellement dans cet univers que les hommes de notre monde nomment féerie. Je ne m'en suis pas rendu compte : pour moi, l'impossible n'avait pas de sens ; j'étais bien trop jeune pour croire aux cloisons d'un univers rationnel. Bref, toutes ces notions volaient très haut au-dessus de ma tête.

    Dans le Nord de la France, nous avions un port d'attache, une espèce de bras d'eau protégé pour les péniches derrière l'écluse de Wasnes-au-Bac. Mon père amarrait toujours la nôtre près d'un vieux saule sec et noueux. La nuit, je suivais la danse de l'ombre de ses branches sur les cloisons du petit réduit qui me servait de chambre dans la péniche. - Sylvone n'était pas encore née ; je dormais seul à cette époque. - J'adorais fixer leurs mouvements gracieux pendant de longues minutes avant de m'endormir. Une nuit où les étoiles éclairaient particulièrement le ciel, il me sembla distinguer l'ombre d'un visage auréolé d'une chevelure broussailleuse. Je crus que quelqu'un rôdait autour de notre embarcation, un voleur peut-être... Je me glissais le plus subrepticement possible jusqu'au hublot pour surprendre l'intrus sans être vu. Personne. Tout était calme. Mais lorsque mes yeux se tournèrent vers le saule, mon cœur faillit éclater dans ma poitrine : il y avait quelqu'un à l'intérieur... une jeune femme presque transparente qui me regardait en souriant ! Je me frottai les paupières, clignai plusieurs fois des yeux. Elle était toujours là, calme et radieuse, si diaphane que la brise semblait traverser son corps. Son buste surgissait du bois même de l'arbre, solide et frémissant. Elle ... était l'arbre ! Son ombre sur le mur se dessinait avec netteté. Un nuage obscurcit la lune. Elle disparut. Mais je savais qu'elle était là. Lorsque je racontai cette histoire à ma mère, le lendemain matin, elle me dit que j'avais fait un beau rêve. Je savais que je ne dormais pas quand cela s'était passé, mais sachant combien ma mère était têtue, je décidai de garder mes idées pour moi et de vérifier, la nuit suivante, que je n'avais pas rêvé. La nuit fut tout aussi claire mais je dus veiller de longues heures, le nez collé au hublot, dans une attente vaine. Lorsque, épuisé, je retombai mollement sur mon oreiller, j'aperçus enfin sur la cloison l'ombre de la chevelure ondoyante de la femme-saule. Je sautai jusqu'au hublot ; elle me vit et me fit un clin d'œil. Elle semblait heureuse que je l'aie retrouvée.

   Je venais de comprendre une chose essentielle : cette apparition étrange n'était pas visible directement. Il fallait d'abord trouver son ombre.

   Je n'essayai pas de lui parler. J'avais trop peur que le bruit du hublot qui s'ouvre la fasse disparaître. Pourtant, le lendemain matin, après mon chocolat chaud, je sautai hors de la péniche pour rejoindre le vieux saule. Il était comme toujours : un bel arbre tel que ma mère les aimait, simple et sans mystère.

    Chaque nuit étoilée pourtant, la jeune femme me souriait comme la première fois jusqu'à ce que me vînt l'idée, avant de me coucher, de laisser entrouvert le hublot de ma chambrette. J'osai glisser mon visage à l'air nu et la fixer sans qu'une vitre nous sépare. Le vent jouait dans le feuillage du saule, répandant une douce musique, murmurante et cristalline. C'était très réel. Je ne me souviens pas d'avoir prononcé le moindre mot mais je savais que je ne pourrais jamais oublier la chanson de l'arbre. Le lendemain matin, nous reprenions le voyage sur le fleuve, mon père devant effectuer une livraison de betteraves en Hollande.

    Je n'eus de cesse à partir de ce moment d'observer avec intensité chaque arbre que je croisais, ce qui enchantait ma mère : elle criait haut et fort que son fils deviendrait un éminent botaniste ! Mon intérêt effectivement ne fit que s'accroître avec l'âge : à peine ai-je su lire que je voulus tout connaître des arbres. Qu'en disaient les scientifiques ? Existaient-ils, parmi eux, quelqu'un qui, comme moi, voyait le visage caché des arbres ? Un savant avait-il élaboré une théorie sur le sujet ? En attendant une réponse à mes brûlantes questions, je gardais mon secret pour moi et notais peu à peu mes remarques dans le journal de mes découvertes personnelles et de mes rencontres les plus surprenantes. Je m'appliquais à dessiner ce que j'observais la nuit, à la maigre lueur des étoiles, dans le plus profond silence. Car après avoir à plusieurs reprises tenté de communiquer verbalement avec ces étranges créatures, je m'aperçus que le moindre mot les faisait disparaître... Au fil des ans, mes observations devinrent plus précises, mon approche plus subtile et  je finis par trouver le moyen de communiquer avec les arbres, de joindre leur dimension à la mienne.

    Voyez-vous, notre monde coexiste avec une infinité d'autres mondes que nos sens limités nous empêchent de percevoir. L'imagination est une faculté que la plupart des enfants emploient sans arrière-pensée, avec insouciance et naturel : "Et si... Et pourquoi pas... Supposons que..."  Les parents tolèrent ce jeu plus ou moins innocent tant qu'il ne déborde pas sur les études ou la vie sociale de leurs rejetons. Ils s'en méfient d'ailleurs pour eux-mêmes, confondant réalisme forcené et maturité, sagesse et austérité rationnelle. Devenir adulte pourtant n'est nullement un handicap pour celui qui a décidé de cultiver cette vertu traditionnellement enfantine. Les artistes les plus sincères et les plus géniaux n'en sont-ils pas la meilleure preuve, eux qui perçoivent les choses sous un angle inattendu et nous restituent avec dextérité leur vision ? Tous les scientifiques ne refusent pas de tenir sérieusement compte de leur imagination : certains ont entrevu des théories si incroyables qu'elles les ont parfois menés sur le bûcher sous le qualificatif rendu effrayant de "sorcier". Giordano Bruno comprit avant bien d'autres que la Terre tournait autour du soleil et périt brûlé vif. D'autres osèrent l'impensable... Einstein recula-t-il devant la relativité ? Il n'eut pas peur de relier la science à la métaphysique, définissant même sa croyance en une sorte de "religion cosmique", se reconnaissant un "principe de solidarité avec tout ce qui vit". Le psychologue Carl Gustav Jung dénicha l'idée d'un inconscient collectif et d'archétypes, sortes de symboles signifiants récurrents au fil des siècles malgré l'ignorance consciente des hommes qui les véhiculaient. L'imagination est le fil invisible qui relie entre eux l'infinité des mondes visibles et invisibles : il faut le suivre, se fier à elle comme à notre faculté rationnelle d'analyse, pour voir et comprendre.

    Le philosophe néo-platonicien Porphyre (né en 234, mort autour de 310) soutint que l'arbre abritait une âme ou un esprit, également perceptible dans son feuillage. Il pensait qu'un être vivant, doué de sensibilité, s'y cachait. Je suis donc loin d'être le premier à avoir abordé cette thèse. Les croyances et superstitions populaires à travers les continents soutiennent évidemment cette conviction... Cela ne mérite-t-il pas le détour de notre pensée ?

    C'est ainsi que j'osai, après bien des années d'interrogation, jeter en pâture aux inquisiteurs, ma théorie de "l'imaginarbria". Ce site vous en livrera les arcanes et quelques illustrations frappantes. J'essaierai également d'y raconter les différentes étapes de mon lent apprentissage et ses étonnantes péripéties.

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     Je vis actuellement sur une petite péniche : La Dérivante. je n'ai jamais voulu habiter une maison. Ma sœur ayant hérité de la péniche de mes parents pour devenir à son tour marinière, je me suis acheté ma propre embarcation, sillonnant inlassablement les fleuves pour poursuivre mes activités de dendrologue imaginarbriste.

     Ma famille ne fut au courant de mes recherches insolites que très tardivement, de longues années après la fin de mes études. Ma maman, séduite par mes théories, ne parvint cependant jamais à communiquer avec les arbres, ni même à entrevoir leur étrange dualité. Je n'inventai l'imagorapteur qu'une dizaine d'années après la mort de maman. Cet appareil-photo tout simple muni d'un objectif tout à fait spécial me permet de photographier la nuit, sans flash, le visage invisible des arbres. La Dérivante est évidemment équipée d'un matériel technologique de pointe; les découvertes informatiques me passionnent et j'encourage mes élèves à vivre avec leur temps. On y trouve également une bibliothèque mobile que mes explorations d'un bout à l'autre du monde ont considérablement enrichie au fil des ans.

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